Les Congolais ont quantité de raisons objectives d’enrager contre leurs dirigeants d’avant-hier, d’hier comme d’aujourd’hui. N’ayant pas trouvé leur compte dans la gouvernance Fatshi, nombre de compatriotes sont en droit de demander des comptes au pouvoir en place sans attendre 2023 avec la séquence constitutionnelle de la reddition des comptes. Biberonnés une fois de plus au mirage des chiffres ( budget, croissance, réserves de change) sans dividende social, les Congolais sont en droit d’en vouloir à leurs gouvernants.

Mais, au-dessus de cette colère légitime, il y a une saine et sainte ire. C’est celle que provoque l’énième version de l’agression dont le pouvoir militariste rwandais et le » variant » M23 constituent la face visible. Moralité, il ne faut surtout pas se tromper de colère et donc de cible.

L’heure est à l’union sacrée ou à la constitution d’un front patriotique en vue de défendre l’intégrité du territoire. Devant la contradiction principale qu’incarnent les agresseurs par procuration et leurs marionnettes, les actions d’opposition contre la Fatshisphère tiennent lieu de contradictions secondaires. » Likambo ya mabele d’abord« .

Car, la guerre n’est pas dirigée contre Félix-Antoine Tshisekedi pas plus qu’elle n’était menée hier contre Laurent-Désiré Kabila père et puis contre son fils. C’est une guerre qui tire ses racines dans la conception que ses véritables initiateurs se font de la RDC depuis la conférence de Berlin. A savoir un comptoir-grenier où les puissances occidentales et leurs bras séculiers les multinationales peuvent puiser à vil prix des ressources naturelles comme elles l’entendent.

C’est parce que des figures souverainistes comme Simon Kimbangu, Patrice Lumumba et Mzee Kabila se sont élevées contre cette notion d’Etat-comptoir vassalisé qu’elles ont été liquidées.

Sous les pouvoirs Kabila -père et fils-, l’UDPS et les oppositions satellites étaient tombés dans le panneau du « narratif » rwando-RCD d’une guerre pour réclamer la démocratie. Le parti tshisekediste s’était ainsi trompé et de colère et de combat et donc de cible.

Voilà aujourd’hui, Félix-Antoine Tshisekedi confronté exactement au même défi que ses prédécesseurs. Le successeur de JKK aura beau multiplier des amabilités sur fond de cessions et concessions avec Paul Kagamé et Yoweri Museveni, rien n’y a fait. Sous-traités par des puissances extra-africaines et considérant l’Est de la RDC comme leur assurance-vie au propre comme au figuré, les régimes rwandais et ougandais demeurent droit dans leurs agendas.

Face à cette guerre aux racines tentaculaires, la réponse congolaise ne saurait être le fait d’un pouvoir, fût-il en béton…armé. Si le Président ne crée pas les conditions d’une mobilisation générale, la RDC ira de calmant en palliatif à court terme.

Pas besoin d’être professionnel de santé pour savoir que le propre d’un calmant est d’offrir un répit temporaire au malade et non de guérir la maladie . En l’espèce, tous ces accords passablement déséquilibrés – amnistie, brassage, mixage, partage du pouvoir…- que la RDC signe le couteau sur la gorge ne sont que des palliatifs et leurs succédanés. Même les processus de paix de Nairobi et de Luanda participent de ce traitement au calmant. On ne sous-traite pas la souveraineté. Pas plus qu’à Lusaka hier Nairobi sous Laurent-Désiré Kabila et à Pretoria sous Joseph Kabila, l’antidote à cette guerre vieille d’un quart de siècle ne sortira de capitales kenyane et angolaise.

La solution pérenne viendra d’une RDC consciente de sa vraie valeur qui taira toutes ses querelles byzantines en vue d’articuler une stratégie holistique pour redevenir la locomotive de la sous-région et non un simple wagon. Là, commence le vrai défi existentiel du pays : une classe dirigeante débarrassée de scories » carpe diemistes « , nombrilistes, affairistes… synonyme d’un leadership collectif de qualité. Pas la peine d’un sondage. On n’y est pas encore.

José NAWEJ