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RDC : Adresse du chef de l’état, « la forme, oui. Le fond ! »

RDC : Adresse du chef de l’état, « la forme, oui. Le fond ! »

Par le Professeur Alphonse MAINDO

Sur la forme, le ton est ferme et grave, l’accent martial et déterminé, mais on est loin du triomphalisme ayant prévalu à l’occasion de la prestation de serment des trois juges constitutionnels désignés par le Président. Sur la forme, le Président s’est montré à la hauteur, avec une posture, des gestes et un style minutieusement étudiés. Communication bien réussie. Chapeau bas à son équipe de communication.

En revanche, sur le fond, aucune annonce importante alors même que des rumeurs faisaient état de la démission du gouvernement, de la dissolution de l’assemblée ou de la rupture officielle de l’alliance avec le FCC. Le Président a récité des souhaits et vœux, ajoutant à la litanie des promesses qu’il peine à réaliser. Quand il s’agit d’action, il conjugue toujours au futur au lieu de l’indicatif présent ou passé. Appel à l’union sacrée ? qui sera appelé à faire quoi si non élargir le cercle des profiteurs de la république ? Qui fera encore confiance à la parole d’un homme qui a trahi ses accords plus d’une fois : Genval, Genève, Nairobi, FCC-CACH, etc. Les appelés viendront avec des précautions pour ne pas se voir avoir. Ce sera un jeu de dupes, une guerre plus rude encore. On sait où mène ce genre d’Union, que l’on se rappelle de l’Union sacrée de l’opposition des années Mobutu ? Dans tous les cas, on revient à ce que certains avaient déjà exigé à la suite de la crise postélectorale : dialogue pour mettre en place un gouvernement consensuel chargé d’organiser des nouvelles élections.

Et les consultations qui s’annoncent, si elles auront lieu, rappellent bien celles d’un autre Chef d’Etat, le Maréchal Mobutu, pour ne pas le nommer. Elles montrent bien que, comme son prédécesseur, le Président est sous pression, tant des partenaires extérieurs que de ses alliés de la coalition gouvernementale, tant de sa base partisane que de la population dont les conditions d’existence ne cessent de se détériorer.

Le Président ne veut pas montrer qu’il agit sous une quelconque pression, encore moins qu’il a peur, il tient à montrer qu’il garde le contrôle du navire RDC et qu’il est le maître du temps, du rythme, etc. D’où le recours au « je » pour souligner que c’est lui seul, en âme et conscience, qui a décidé de tout. Mais, comme l’avait fort bien rappelé, Erich Frömm, quand on réaffirme son titre ou exprime son aspiration ou son vœu, c’est le constat d’un manque, on s’est rendu compte que l’on n’est pas maître de son destin.

Les consultations accoucheront probablement d’un gouvernement d’union nationale regroupant les principales forces vives. Cependant, il n’est pas si sûr que ce gouvernement accomplira les missions égrenées par le Président au service de la nation et du peuple d’aujourd’hui, sinon partager le gâteau public en vue de donner les moyens à tous pour aller aux élections de 2023. Dans ce partage, il est fort à parier que le FCC récupérera la part du lion. Certes, ça diminuera sa quotité actuelle tout comme celle du CACH d’ailleurs, mais ça ne diminuera pas la capacité de nuisance réelle de ce regroupement qui a des relais dans l’armée, la police, les services de sécurité, sans oublier de probables connexions avec certaines milices qui pillent et trafiquent les ressources naturelles, etc. Bref, à l’instar de la transition 1+4, le Président Tshisekedi aura apaisé les politiciens en leur offrant la possibilité de se refaire une cagnotte, mais ne pourra pas satisfaire les besoins du peuple. Encore un rendez-vous manqué.

Pour marquer vraiment la rupture de son alliance de circonstance, le Président a pourtant au moins deux ou trois outils cataclysmatiques : convoquer le souverain primaire aux élections générales anticipées y compris présidentielle et législatives et locales (i), à la suite du Prix Nobel Mukwege et des OSC, saisir solennellement le conseil de sécurité des nations unies pour demander l’institution d’un tribunal pénal spécial pour juger les crimes les plus graves (ii), rompre solennellement la coalition FCC-CACH (iii).

Bref, le Président a raté sa sortie tant attendue et déçu même dans son propre camp. Il n’avait pas besoin d’une annonce solennelle et pompeuse pour rappeler les problèmes de la gouvernance (du reste connus de tous) et informer de son intention d’organiser des consultations. Les adresses d’un chef à la nation doivent être solennellement parcimonieuses. Ce doit être l’occasion d’une communion autour d’un sujet ou d’une annonce de la plus haute importance. Si non, la parole présidentielle perd de sa force et s’étiole sérieusement.