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RDC / Gratuité de l’enseignement de base : cause principale d’une formation biaisée ?

RDC / Gratuité de l’enseignement de base :  cause principale d’une formation biaisée ?

 

Dans une interview accordée au journaliste Patrick MANGALA, l’Archevêque métropolitain de Kisangani et Président en exercice de la CENCO, Conférence Episcopale Nationale du Congo, pense que l’état devra honorer ses engagements en ce qui concerne les enseignants NU qui ne sont pas payés pendant plusieurs années pendant qu’on leur demande de rentrer à l’école pour poursuivre le travail. Selon lui, il est reproché au Gouvernement de faire des  promesses qui ne sont pas tenues. La gratuité de l’enseignement, estime l’archevêque, a provoqué un engouement dans les écoles publiques. C’est une désertion des élèves qui ont quitté les écoles privées pour les écoles publiques créant ainsi un besoin d’aménagement de cadre physique. Les locaux de classe sont devenus étroits pour accueillir les enfants. Le Gouvernement devra aussi prendre ses responsabilités pour répondre à ce besoin qui se présente avec une grande urgence. Au regard des points soulevés par l’archevêque de Kisangani, plusieurs pensent et estiment que ceci pourrait avoir des conséquences néfastes sur la formation des enfants. 

Francis MAROY

Selon Francis MAROY KONDA, la faiblesse de la gratuité de l’enseignement réside au niveau de son effectivité. Ce processus est marquée par une insuffisantes d’études de faisabilité. Il pense que cette initiative, au départ constitutionnelle, a était  politisée  car les camps politiques veulent la bloquer ou s’en approprier. 

Moussa Christian

Moussa Christian, Politologue et Fonctionnaire du système des Nations Unies, se pose la question de savoir si  le gouvernement ne peut pas trouver une solution d’une manière définitive en implantant une politique salariale qui tient compte de la nécessité de l’éducation telle que voulu par la constitution, gage du développement du pays. Il estime, par ailleurs, que la gratuité de l’enseignement est une obligation constitutionnelle. Ne pas la matérialiser, constitue une violation flagrante de celle-ci. Hormis les points essentiels épinglés en ce qui concerne sa bonne planification par l’État, la question de la faisabilité de cette gratuité de l’enseignement nécessite d’évoluer par pallier tout en conservant les acquis. Ça veut dire que ceux des enseignants déjà pris en charge doivent continuer à l’être, mais pour les NU, une fois identifiés par école, le concours de parents en terme de prime doit-être sollicité au prorata de leur nombre pour sauver l’année jusqu’à la mécanisation de ces derniers et leur prise en charge dans les listings de paie

Maxime LUZEKA

Pour Maxime LUZEKA, Pasteur de l’église protestante Unie d’Alsace et de la Lorraine installé au Grand Est de la France, le sujet ne consiste nullement à  remettre en cause sa constitutionnalité ni d’ailleurs de prétendre que tout ce qui est constitutionnelle doit être fait, mais plutôt dans/par quelles modalités le faire : quels sont les moyens mis à disposition et les responsabilités de différents acteurs pour sa bonne applicabilité. Il pense que la République Démocratique du Congo  a besoin d’une réforme scolaire et universitaire, et d’une mise à niveau d’enseignant et de méthodes.

Pour Bibiche BOMENDJE, agent chargée de l’hygiène aux frontières et travaillant à Kinshasa, l’exécution de la gratuité de l’enseignement de base n’est pas bonne. Elle estime que l’enseignement est gâché et regarde le futur de nos enfants avec beaucoup d’inquiétudes.

Robert LUHAVO, basé à Kinshasa, pense, quant à lui, que les conséquence seront néfastes car, à ce rythme, les enfants maîtriseront difficilement ou pas du tout le matières apprises. Il pense que le président Félix TSHISEKEDI a précipité la décision.

Ernest MUKULI

Ernest MUKULI, Président de l’ONG MEPAD, Médias pour la Paix et la Démocratie oeuvrant à Kisangani, pense que la question de l’enseignement dans notre pays nécessite plutôt les états généraux avant de proposer ce qui ne se faisait plus, ou qui ne s’est jamais fait ou se faisait très mal ou en partie. Il s’interroge pourquoi l’enseignant du primaire et du secondaire reste le mal payé contrairement aux autres professions nobles payées par l’État.   Il pense que le fait que l’église catholique s’opposait infatigable au phénomène prise en charge des enseignants par le parents et  soutenant actuellement le retour de la prime, devrait constituer une interpellation pour le régime en place. Pour lui, la question de violation de la constitution semble être à la fois complexe et banale. Si on liste, selon lui,  les violations de la constitutions connues et vécues on va dormir debout.

Réveranr Jean Pierrot BOKOTA

Pour le Révérend Jean – Pierrot BOKOTA, pasteur et enseignants dans les institutions bibliques et théologiques à Kinshasa, l’affirmation de la part du président de la CENCO est loin de rencontrer la réalité sur terrain. Pour lui à Kinshasa, en citant le complexe Scolaire Cardinal MONSENGWO  qui est une école privée, cette année scolaire, l’école a connu une explosion démographique des élèves à tel point que l’école était obligée soit d’augmenter l’effectif dans des salles de classe pour avoir un effectif de plus de 50 élèves par classe (pourtant, une salle de classe n’a jamais compté au-delà de 50 élèves), soit des créer d’autres salles de classe, malgré déjà les quatre directions que compte cette  école (EP1, EP2, EP3 et EP4). 

« Je crois, au contraire, que beaucoup de parents, craignant les successions des grèves et autres difficultés que pourront connaître les écoles publiques cette année, ont préféré envoyer leurs enfants dans les écoles privées ».

Yves TOSOLOLA

Pour Yves TOSOLOLA,  Manager dans le monde de la téléphonie mobile, le problème de notre pays se situe au niveau de la planification à tous les niveaux et domaines. Il est à noter, selon lui, que la démographie ne cesse d’augmenter et le pouvoir d’achat de nos populations baisse. La gratuité, étant une disposition constitutionnelle, a comme conséquence l’afflux massif des enfants vers les écoles officielles. Cette politique devrait être préparée en amont par la construction des nouvelles écoles pour supporter le choc de surpeuplement des établissements existant, l’un des échecs du gouvernement MATATA qui avait promis de construire 1000 nouvelles écoles pendant cinq ans.

« …Je pense qu’il y a lieu de répertorier et identifier tous les enseignants NU et NP pour leur mécanisation, et de procéder à l’amélioration de l’enveloppe salariale des enseignants… »

Une idée qui rejoint celle de Jean Pierrot BOKOTA qui pense que la gratuité de l’enseignement est une bonne chose mais qui devrait être bien étudiée avant son applicabilité.  Cette situation impactera certes la qualité de l’enseignement dans les écoles privées comme dans les écoles publiques. Déjà, selon lui, chez les privées, les enseignants se plaignent du fait qu’ils ont des difficultés à faire un bon suivi au regard du nombre d’élèves par salle de classe. Cette situation, estime – t – il, n’épargnera pas les écoles publiques. 

Une période transitoire de deux ans, conclut Yves TOSOLOLA, serait nécessaire, selon lui, avant de passer dans l’effectivité de la politique de la gratuité. Pendant cette transition, les parents prendront en charge les enseignants comme par le passé.

Déjà dans les écoles, privées et publiques, la prise en charge des parents est exigée et les parents ne peuvent que s’y plier par crainte de voir leurs enfants chômer.

La Rédaction.