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Réflexion : La RDC a besoin d’une légitimité patriotique.

Réflexion : La RDC a besoin d’une légitimité patriotique.

Par Roger Buangi Puati

La question de la légitimité du pouvoir
Le pouvoir correspond à l’aptitude d’une personne à agir et à agir de façon concertée. Pour être légitime, le pouvoir ne doit jamais être une propriété individuelle; il appartient à un groupe et continue de lui appartenir tant que ce groupe n’est pas divisé. Est au pouvoir, celle ou celui qui a reçu d’un certain nombre de personnes le pouvoir d’agir en leur nom. Dans une démocratie, le peuple, détenteur du pouvoir, le confie, sous certaines conditions définies par des textes juridiques, à des hommes et des femmes qu’il se choisit pour une période encadrée par la loi.

La légitimité institutionnelle

Le pouvoir est institutionnel lorsqu’il puise sa légitimité dans le libre consentement du peuple par une hérédité dans un régime monarchique ou par élection dans un régime démocratique. Dans son ouvrage le dérèglement du monde, Amin Maalouf dit que « la légitimité, c’est ce qui permet aux peuples et aux individus d’accepter, sans contrainte excessive, l’autorité d’une institution, personnifiée par des hommes et considérée comme porteuse de valeurs partagées ».

« La légitimité (quand bien même elle est authentique) n’est immuable qu’en apparence; que ce soit celle d’un homme, d’une dynastie, d’une révolution ou d’un mouvement national, il arrive un moment où elle n’opère plus. C’est alors qu’un pouvoir remplace l’autre, et qu’une légitimité neuve se substitue à celle qui s’était déconsidérée », dixit A. Maalouf. Hitler fut élu puis honni.

La légitimité patriotique ou combattante

Dans une situation de chaos et de crise grave, en dehors de la légitimité institutionnelle et généalogique, il y a la légitimité dite patriotique ou combattante. Lorsqu’un pays est dévasté, que sa souveraineté est bafouée, que son peuple est humilié, que sa sécurité est mise à mal, est légitime aux yeux de ceux qui souffrent d’un pouvoir tyrannique d’occupation celui qui dirige le combat contre leurs ennemis. Ce fut le cas du général de Gaulle en France en 1940, quand depuis Londres il avait parlé au nom de la France, sans avoir été élu auparavant, ni avoir détenu le pouvoir effectif, mais parce qu’il portait les aspirations de son peuple et portait le fer contre l’occupant. De leur côté, les courtisans du maréchal Pétain ne se privèrent pas de le tourner en ridicule. L’histoire se chargea de dire qui était dans le vrai.

De même après la Première Guerre mondiale, la Turquie fut humiliée, mais Kemal Pacha dit Atatürk prit les armes et chassa toutes les troupes étrangères du territoire national. Il fit entrer la Turquie dans la modernité en séparant la religion de l’Etat, en instaurant la laïcité et en passant de l’alphabet arabe à l’alphabet latin, en intimant l’ordre aux hommes de se raser et aux femmes d’ôter le voile. Le Père de la Turquie moderne n’avait pas était élu auparavant, mais en ayant restitué au peuple sa dignité et sa fierté, il lui a fait accepter en très peu de temps des changements que beaucoup d’autres pays musulmans n’ont pu opérer en un siècle.

Petit Chaperon Rouge, attention à 2023 !

Au regard de la situation de la RDC, c’est bien d’une légitimité patriotique dont nous avons besoin. Si les Congolaises et les Congolais trouvent une personne comme De Gaulle ou comme Kemal Pacha, homme ou femme, il faut qu’ils s’en emparent, l’imposent et l’intronisent. C’est aussi cela la maturité, la grandeur et la valeur d’un peuple. Savoir desserrer l’étau de la servitude qui se drape de normes et de standards faussement internationaux c’est faire preuve de grande liberté. Si les Congolaises et les Congolais (ou d’autres nations africaines) le font, le monde entier respectera notre peuple et les prédateurs s’en iront la queue entre les pattes en disant : « Enfin, ils ont compris ». 2023 est un leurre, une Mère-Grand qui ricane déjà : « Ah, ah ! Venez, approchez-vous les enfants, je vais encore vous manger cette année ». Les Congolaises et les Congolais doivent inventer de nouvelles formes d’accession au pouvoir et de gestion du pouvoir, s’ils veulent en finir avec des pantins et des marionnettes à la solde des puissances étrangères.

Le peuple congolais s’est épuisé en empruntant la voie élective. C’est un leurre grâce auquel ceux qui pensent pouvoir le maintenir dans la soumission réussissent à chaque rendez-vous électoral : il vote mais n’élit pas ses dirigeants. Il lui faut donc quitter ce piège des élections pour explorer une autre voie de légitimité. Laquelle ? A chaque Congolaise, à chaque Congolais qu’il revient à y réfléchir.

A la lecture de ce qui précède, nous avons donc vu que le chemin de la grandeur d’un leader passe par le service des autres. Celui qui aspire à diriger un peuple doit devenir l’espoir de ce peuple, le serviteur de ce peuple. C’est donc par la qualité du service de ses frères et soeurs qu’un leader trouvera sa grandeur. C’est servir et non se servir (le fameux slogan creux du MPR) ou être servi. Et dans cette perspective, un dirigeant ne doit pas s’en tenir qu’à des discours. A la parole, il doit joindre le geste d’une vie sobre et un service de type oblatif, c’est-à-dire le don de soi. Ne dit-on pas que la parole enseigne, mais que l’exemple entraîne ? Ainsi Saint Pacôme à qui l’on reconnaissait une activité débordante, répondait à ceux qui voulaient savoir quand est-ce qu’il se reposait, il répondit : « Je trouve mon repos dans le service de mes frères. »

Debout, Congolaises et Congolais !