« Mort ou vif, avec ou plutôt sans mandat, ma voix continuera de résonner, même outre-tombe, pour crier droits humains, liberté, justice, égalité, dignité humaine » (Prof Alphonse Maindo)

Depuis le vote de décembre dernier  jusqu’à la proclamation des résultats des législatives, le Professeur Alphonse Maindo ne s’est jamais prononcé. C’est à l’occasion du 63ième anniversaire de la mort de Patrice Emery Lumumba qu’il s’est prononcé au travers d’une note qui est parvenue à notre rédaction. Nous vous livrons dans les lignes qui suivent l’intégralité de ce message.

Je ne suis pas député de mon pays, je suis plutôt dépité par tant de malheurs et de misères. En ce jour mémorable du martyre de notre héros national, Patrice Lumumba, d’heureuse mémoire, je tiens à m’exprimer solennellement pour écrire les dernières lignes d’une page exceptionnelle de ma vie de citoyen congolais.

En effet, le processus qui devait permettre aux Congolais de se choisir librement des représentants et des gouvernants, auquel j’ai pris une part active, vient de s’achever sur une note biscornue. Malgré le scénario écrit d’avance avec une issue connue, ma foi en la mémoire cognitive collective a prévalu pour me décider résolument à cheminer fermement et dignement dans toutes les opérations électorales. Personnellement, je suis allé plus loin, sollicitant les suffrages populaires, un mandat public pour porter plus haut et plus fort la voix des sans voix, dans une instance décisionnelle représentative, l’assemblée nationale.

De cet exercice citoyen exceptionnel, j’ai beaucoup appris. Nombre de personnes ont été formidables et m’ont témoigné un attachement hors du commun que j’apprécie à son juste titre, malgré l’obstruction des forces autocratiques voire despotiques qui ont subverti et fourvoyé le processus le détournant au service d’un homme et d’un clan.

Tirant toutes les leçons de cette expérience citoyenne unique, je tiens vraiment à exprimer, du plus profond de mon cœur, aux uns et autres toute ma gratitude, en particulier, à des centaines de bénévoles et volontaires qui ont battu campagne pour moi et le projet de changement transformatif que nous portons, bravant risques de toutes sortes et railleries de ceux qui prétendent être du bon côté d’une histoire inventée et bricolée par eux. A tou(te)s ceux et celles qui croient en moi et en un Congo libre et prospère, qui m’ont soutenu et accompagné dans cette campagne, plus spécialement à ma formidable équipe de campagne sous la direction de Jean-Marie Moma, j’exprime mon profond respect et ma sincère reconnaissance.

A ceux et celles qui sont sonnés et désabusés par l’expérience, regrettant mon concours aux suffrages, je répète inlassablement : j’ai accompli mon devoir et assumé ma responsabilité sociale ; collectivement, nous n’avons probablement pas pris la mesure de l’ampleur des maux de notre société et de l’homme congolais ; nous n’avons certainement pas été en mesure d’anticiper et d’empêcher la forfaiture électorale du siècle, malgré les alertes et les signaux alarmants.

A ceux et celles qui me reprochent d’y être allé (trop tôt !), insinuant que l’heure n’avait peut être pas encore sonné, je réponds humblement qu’il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour faire le bien. Je ne regrette rien, si c’était à refaire, je le referai volontiers et sans hésitation, mais différemment, avec d’autres personnes, avec une meilleure coordination d’une poignée d’hommes et de femmes déterminés et dévoués, regardant dans la même direction, car la force réside dans la foi dans la lutte à mener et la détermination de gagner et non dans le nombre ; la force gît dans l’organisation méthodique empreinte d’ordre, d’unicité et de leadership et non dans la diversification anarchique et la multiplication chaotique, sans cohésion ni coordination. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, elle est un cours d’eau fait des dénivelés, des rapides et des biefs navigables. La vie est une école où on passe les épreuves avant d’apprendre ses leçons alors que dans le système d’enseignement, on nous apprend des leçons avant de nous soumettre aux épreuves.

Je me réjouis très vivement de faire cette expérience sous le règne d’un Prince foireux, un oncle venu d’outre-mer, rejeton d’une organisation vieille de plusieurs décennies et bien réputée, l’union pour un despotisme putréfié et la servitude (populaire). Cette organisation m’a fait rêver depuis ma petite jeunesse comme des milliers d’autres jeunes de ma génération jusqu’à son dévoilement à la grande épreuve du pouvoir, affichant avec une désinvolture altière et déconcertante son ambition d’un autoritarisme débridé. Dès lors, tout citoyen se doit d’être sacrément indocile. Par refus d’anesthésie cognitive et par rejet d’amnésie collective.

Comme je l’avais annoncé lors de mon entrée en campagne pour la députation nationale à Kisangani, j’avais décidé de descendre dans l’arène politique, sur un appel patriotique, pour voler au secours de notre nation en péril. Je n’ai jamais voulu ni ne veux faire une carrière politique, j’ai un métier que j’aime très fort, qui me passionne et qui me fait vivre modestement et honnêtement avec mes proches. Je continue de l’exercer consciencieusement sans désemparer jusqu’à ma retraite prochaine.

En revanche, il est une sphère d’où il ne faut pas me demander de me retirer, où il est vain et illusoire d’attendre de moi une retraite ou une démission ni même un simple congé temporaire. J’y suis ad vitam (aeternam !). Je demeure un citoyen engagé, un intellectuel dévoué à la défense des droits humains et des causes (même perdues) des plus faibles et des malheureux, la voix des sans voix. Je sors de cette expérience citoyenne plus fort et ragaillardi, plus déterminé que jamais. Je garde intacte et immaculée ma foi aux valeurs et principes d’intégrité, de liberté, de participation, de démocratie, d’égalité, de justice, d’humanisme, d’altruisme dans lesquels j’ai été pétri depuis ma tendre enfance.

Je n’ai certes pas reçu de mandat formel pour aller parlementer, mais ils n’ont pas fini de m’entendre. Ils étaient et ils sont prévenus. Bien malin celui qui prétend dévoiler les dessous de carte de ce manque de mandat officiel, personnellement, je n’ose même pas fouiner tant le processus dit électoral fut un vrai Capharnaüm. Mais, pour rien au monde, même pour tout l’or du monde, jamais, je n’abandonnerai le combat pour un Congo nouveau jusqu’à mon dernier souffle de vie. Je ne trahirai pas ma nation, encore moins ma conscience. Je me battrai sans répit, je ne battrai pas en retraite, je ne prendrai pas de retraite, ce n’est pas un métier, c’est une vocation-mission de toute une vie. Mort ou vif, avec ou plutôt sans mandat, ma voix continuera de résonner, même outre-tombe, pour crier droits humains, liberté, justice, égalité, dignité humaine, n’en déplaise aux apprentis dictateurs et à leurs fanatiques. Ce n’est pas une parenthèse de ma vie que je ferme, c’est une page riche d’enseignements du grand livre de notre histoire nationale qui est tournée pour en écrire une nouvelle que j’espère plus heureuse.

A l’instar de la planète, notre pays se meurt à cause de ceux qui voient mais qui ne veulent rien savoir, de ceux qui savent mais qui ne disent rien, de ceux qui disent mais qui ne peuvent rien, de ceux qui peuvent mais qui ne font rien, de ceux qui font mais qui ne changent rien. Il sera meilleur grâce à ceux qui, quelle que soit leur position, transforment profondément au quotidien et à petit feu par leurs pensées, paroles, attitudes, actes, même dans le silence ou la plus grande discrétion, sans bruit, sans tambour ni trompette. Telle est la mystique d’une forêt qui pousse, mais que personne ne voit grandir contrairement au tapage d’un seul arbre qui tombe bruyamment : tout le monde constate simplement au bout d’un moment qu’il y a désormais une forêt debout.

Je ne suis pas député de notre pays, mais dépité par tant de misères, de souffrances, de malheurs, de violences qui frappent durement nos populations. Je poursuis le combat, du vrai bon côté de l’histoire, celui des plus vulnérables et des sans voix.

Alphonse Maindo.

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