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POLITIQUE : Le discours sur l’état de la nation du Chef de l’Etat, une opération de charme ?

POLITIQUE : Le discours sur l’état  de la nation du Chef de l’Etat, une opération de charme ?

Par le Professeur Bily BOLAKONGA, Recteur de l’Université Mariste du Congo.

Le Président TSHISEKEDI nous a donné droit à un discours pro domo d’auto satisfaction de son action depuis son investiture. C’était, à mon sens, un peu moins un état de la nation qu’un discours propagande,  mieux une opération de charme! A plusieurs égards, l’on a senti une volonté de séduire, de  chercher à gagner les cœurs voire les âmes du peuple, des députés et sénateurs, du nouveau cardinal, du Prix Nobel de la Paix Denis MUKWEGE, de la communauté internationale, etc.

Plusieurs chapelets de bonnes intentions ont donc été égrenés pendant environs deux heures et demie. On aurait pu se croire en pleine campagne électorale avec, par ailleurs, une foule des fanatiques mobilisés pour applaudir à une cadence presque régulière.

Le Président de la République Démocratique du Congo lors de son discours sur l’état des lieux de la nation.

On ne peut pas nier qu’il y a eu de nombreux aspects intéressants pour lesquels je suis  d’accord comme par exemple la réflexion sur l’élection des gouverneurs, le second tour de l’élection présidentielle, la volonté de préserver la constitution de toute altération notamment par rapport aux articles intangibles. Seulement, sur toute la volonté déployée, de nombreuses interrogations restent sans réponses notamment sur la mobilisation des ressources humaines, matérielles, financières, politiques, diplomatiques et autres pour matérialiser de manière effective ce fleuve de promesses, quand on sait – et c’est un secret de polichinelle – qu’il est évident que ses encombrants alliés ne sont pas forcément intéressés à voir leur vrai faux partenaire réussir brillamment là où eux ont lamentablement échoué !

Par ailleurs, quelques doutes subsistent encore quant à « la lutte sans merci contre la fraude, la corruption et le coulage des recettes » tant il est vrai que le ver est dans le fruit, et ce, au plus haut niveau de l’Etat avec notamment l’affaire tristement célèbre des 15 millions qui ont filés entre les poches de certains acteurs de premier plan qui ne se gênent qu’assez rarement à faire des faveurs touristiques à leurs proches suscitant dégoût, désespoir, perte de foi en l’action et émoi dans le chef des Congolais. Quoi qu’il en soit, les observateurs neutres tiendront un registre pour le check-up de nombreuses promesses afin de juger au terme de l’échéance !

A propos de la double nationalité.

Je pense que la réflexion est entamée. Elle doit être approfondie en intégrant de nombreux acteurs dont des spécialistes en sciences politiques, sociologie, droit, activistes de la société civile, etc.

Je suis néanmoins d’accord pour que, dans un premier temps, les Congolais d’origine bénéficient d’un traitement de faveur dans l’obtention de visa car dans leurs cœurs, ils sont fondamentalement Congolais. Mais de là franchir le pas de la double nationalité, c’est assez rapide. Il faut une très bonne et froide évaluation de tous les contours.

Au sujet de la sécurité à l’Est.

Les intentions ne suffisent pas, il faut impérativement des actions concrètes, efficaces et rapides. Il faut une synergie opérationnelles entre plusieurs forces (Armée, Police, Natifs, etc.), d’une part, et, d’autre part, il faut absolument mettre hors-jeu des officiers décriés et sous sanctions. Mais plus durablement, il faudra penser à constituer une véritable armée nationale qui aura une puissance de feu dissuasive. Il faut une armée de plus de 800 milles hommes avec une capacité mobilisatrice pouvant aller jusqu’à 1 millions pourquoi pas. L’option du service militaire obligatoire peut faire l’objet d’une étude sérieuse afin de l’envisager éventuellement

A propos de l’éducation.

Tout en m’inscrivant dans la logique constitutionnelle de la gratuité de l’enseignement de base, j’appelle à des réflexions approfondies faisant intervenir les spécialistes du domaine, les universitaires, les acteurs de terrain, les parents, les entrepreneurs, les différents utilisateurs des savoirs véhiculés dans les institutions d’enseignement de tous les niveaux. Il faut surtout éviter des réformes hasardeuses à l’emporte-pièce qui s’apparentent à du populisme pur et simple. Autrement, on peut soupçonner la volonté pour certains acteurs obscurs et occultes de chercher à piéger ou à saboter le système éducatif congolais de manière à l’asservir, à le neutraliser pour maintenir la RDC dans une espèce de dépendance intellectuelle vis-à-vis de l’extérieur. Dans cette optique notre pays continuerait à importer la matière grise à l’étranger pour des projets sérieux. Nous ne sommes d’ailleurs pas loin car les parents nantis préfèrent déjà envoyer leurs enfants dans de nombreux pays européens, américains et asiatiques pour « une meilleure formation » et ainsi espérer leur décrocher de bons postes après leurs cursus scolaires et académiques !

Du point de vue agricole.

C’est une bonne idée de créer de dynamiques au niveau provincial même si la meilleure chose à faire n’est pas la multiplication de nouvelles structures mais plutôt la redynamisation, la motivation et l’équipement des celles qui existent déjà et sur lesquelles il faut s’appuyer en intégrant les différentes communautés locales. Par ailleurs, Il conviendra alors de susciter des dynamiques endogènes en favorisant la structuration paysanne pour faciliter l’accès aux intrants de qualité, l’accès au marché et la commercialisation en promouvant les voies de communication et le transport multimodal (jonction routes, voies fluviales, chemin de fer); ceci constitue le goulot d’étranglement. Il faut également favoriser la conservation et la transformation des produits agricoles afin de permettre aux producteurs congolais d’engranger des plus-values intéressantes. L’Etat devra se limiter à jouer le rôle de starter de la relance agricole en se dotant d’une politique agricole claire qui permet de relever au moins 4 défis majeurs à savoir (1) satisfaire une demande alimentaire en pleine expansion, (2) réduire la pauvreté rurale, (3) réussir l’intégration de producteurs congolais sur le marché national, sous – régional et international et pour cela il faut de bonnes voies de communication, (4) Garantir la durabilité des performances sur le long terme. L’idée de la création des brigades doit être clarifiée, si c’est encore l’Etat qui doit le faire, l’échec est assuré. Les producteurs sont souvent les mieux placés pour choisir les meilleures spéculations s’ils sont accompagnés.