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POLITIQUE : Vers une inertie du système en République Démocratique du Congo ?

POLITIQUE : Vers une inertie du système en République Démocratique du Congo ?

Les déclarations de Félix TSHISEKEDI, Président de la République Démocratique du Congo continuent à défrayer la chronique. Le Professeur Billy BOLAKONGA n’est pas resté indifférent. Nous vous livrons ses réflexions. Professeur Billy BOLAKONGA est Recteur de l’Université Mariste du Congo, UMC, et Enseignant à l’Institut Facultaire des Sciences Agronomiques de Yangambi, IFA Yangambi.

J’ai bien apprécié les belles  et courageuses déclarations de Félix Tshisekedi à Londres. L’analyse du contenu de ses propos devant un auditoire totalement acquis à sa cause met désormais en évidence, selon lui, et de manière patente, l’existence d’une crise que F. Tshisekedi lui-même et bien d’autres acteurs de son camp le plus proche (CACH) et  le désormais moins proche voire ami-ennemi (FCC) essayaient, par moult subterfuges périphrastiques, de nier.

Hélas, la crise politique est bien à l’ordre du jour non seulement entre majorité et opposition mais aussi bien au sein de la majorité qu’au sein d’une opposition en panne d’imagination et en proie à de nombreuses divisions. La valse des déclarations des uns et des autres depuis un certain temps le confirme sans équivoque. Le paroxysme de cette passe d’armes intra majorité a été atteint par la déclaration fracassante à résonnance de leçon de recadrage constitutionnel qu’a cru donner Mme Mabunda à F. Tshisekedi et à ses fanatiques.

Mais y a-t-il du nouveau dans le contenu du discours de F. Tshisekedi?

Je pense qu’il n y rien de nouveau. A quelques mots près, c’est du déjà entendu de la bouche de Jean-Marc Kabund qui conseillait, en son temps, des leçons de nage ou de natation à certains de leurs alliés de fortune!  Cependant, d’un point de vue structurel ou même formel, un Chef de l’État digne de ce nom ne s’adresse pas ni ne menace ses ministres du haut d’un podium public qui pis est, à l’extérieur de son pays ! Plutôt que de s’épandre dans des vaines dénonciations ou autres menaces indécentes, il agit carrément. Ce qu’on attend d’un vrai leader ce sont des actes concrets et non la recherche effrénée des applaudissements et de bain de foule, la campagne ayant déjà été bouclée, il y a belle lurette.

Faut-il y voir une volonté assumée et responsable de rupture définitive ou plutôt simplement une stratégie pour maintenir le peuple dans la servitude en essayant d’anesthésier sa misère multiforme ou de détourner son attention des préoccupations d’ordre national via

(1) la dénonciation par le chef lui-même des maux qui gangrènent la société (berçant l’illusion de les connaître et de vouloir les déraciner/déboulonner ?),

(2) l’usage de belles paroles rassurantes? et

(3) le recours aux promesses des changements radicaux et immédiats?

Je le crains fort car l’histoire présente des déclarations tapageuses aux élans d’affranchissement faites à l’extérieur du pays nous renseigne qu’une fois de retour, l’homme s’empresse de multiplier des signes d’allégeance notamment en s’adonnant à une pédagogie explicatives de ses propos prétendument mal compris et rendant visite (ou compte?) au propriétaire de la plus célèbre ferme du pays! Je crains que F. Tshisekedi ne soit pas ce jusqu’au boutiste téméraire capable de franchir le Rubicon comme l’espère désespérément sa « base.

A-t-il seulement intérêt ? A-t-il cette marge de manoeuvre nécessaire pour agir?

Constitutionnellement, il est vrai que le Président peut dissoudre l’Assemblée Nationale après simple consultation et pas forcément accord du Premier Ministre, des  Présidents de deux chambres du parlement. Mais il faut prouver qu’il y a crise persistante entre le gouvernement et le parlement !

Dans ce cas précis, y a-t-il crise ? Certainement. Mais entre qui?

(1) Entre Président et Parlement ? A coup sûr, oui !

(2) Entre Gouvernement et Parlement ? Je crains que non. A mon sens, la condition sine qua non de la dissolution du Parlement par le Président est la preuve de l’existence d’une crise persistante entre le Gouvernement et le Parlement. Encore une fois la coalition CACH – FCC (visiblement inopérante) bloque le bouton de la dissolution (Rappelons que, comme l’a dit Mme Mabunda, le Parlement a voté le budget proposé par le gouvernement, battant en brèche l’existence d’une crise entre ces deux dernières institutions) !  Quoi qu’il en soit et somme toute une crise politique est bien réelle et le FCC semble même –  contrairement aux apparences populistes brandies par des fanatiques – disposer d’une plus grande capacité de nuisance !  Néanmoins, à ce stade, il convient de rappeler que de grands intellectuels et sages au premier rang desquels le Prix Nobel de la Paix Denis MUKWEGE à la suite de qui Alphonse MAINDO avaient, dès le départ, déconseillé la coalition suggérant plutôt la cohabitation. Aujourd’hui le cours des événements semble leur donner raison ! Par ailleurs, d’un point de vue purement éthique, dans l’hypothèse improbable d’une dissolution de l’Assemblée Nationale, il serait plus décent de réorganiser des élections générales car toutes les institutions issues des élections de décembre 2018 sont sorties du même moule de la fraude et de la tricherie!

En conclusion, la bagarre est entre les velléités de dissolution et le spectre de la destitution. Lequel de deux aura raison ? Tout dépendra de la marge de manœuvre de chaque Camp, de la capacité de nuisance réelle et effective ainsi que de la malice des acteurs. Je crains que cette bataille se solde par une neutralisation mutuelle ! Il n’y aura finalement ni dissolution ni destitution. Mais la neutralisation signifie ce que ça signifie. Puisque les forces seront occupées à se combattre plutôt qu’à converger, le résultat sera l’inertie du système !

La Rédaction