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Situation chaotique de la RDC : Me Jean Claude KATENDE : les professeurs des universités de la République Démocratique du Congo ont failli à leur responsabilité sociale.

Situation chaotique de la RDC : Me Jean Claude KATENDE : les professeurs  des universités de la République Démocratique du Congo ont  failli à leur responsabilité sociale.

Me Jean Claude KATENDE, Président de l’Association Africaine de défense des Droits de l’Homme, ASADHO en sigle, monte au créneau et accuse les professeurs des universités de la République Démocratique du Congo de ne rien faire pour sortir le pays du gouffre dans lequel il se trouve. Dans une lettre datée du 16 juillet 2019, cet activiste des droits de l’Homme explique que le rôle des professeurs, qui sont intellectuels de premier plan,  ne se limite pas seulement à former les élites dont le pays a besoin, mais aussi ils ont une grande responsabilité sociale envers la société congolaise dans laquelle ils  évoluent. Malheureusement, pense-t-il, depuis bien longtemps, mais particulièrement depuis 2001, à part quelques exceptions, les professeurs des universités de la République Démocratique du Congo ont  failli à leur responsabilité sociale.

« Vous avez été absents de toutes les luttes que les Congolais ont mené pour : obtenir la révision des contrats miniers en 2007, s’opposer à la révision de la Constitution en 2011, exiger le  respect de la Constitution par  Monsieur  Joseph KABILA et sa Majorité présidentielle, dénoncer la corruption et les antivaleurs à tous les niveaux, y compris dans vos universités, dénoncer les différents massacres perpétrés à Beni et dans l’espace Kasaï, exiger l’organisation des élections dans le délai prévu par la Constitution et dénoncer la répression dans le sang des manifestations pacifiques. Au lieu  de vous impliquer  dans ces luttes du peuple  congolais, vous vous êtes focalisés sur le monnayage  des syllabus, la multiplication des  diplômes politiquement obtenus, la pratique des  points sexuellement transmissibles,  et sur les revendications tournées plus vers l’augmentation et la perception régulière de vos primes ainsi que d’autres avantages du corps académique. ».

Dans la même correspondance, Jean Claude KATENDE explique que le Congo aujourd’hui est confronté à des défis qui nécessitent une mobilisation générale des intellectuels et spécialement des universitaires.  Parmi ces défis, il y a : les institutions judiciaires qui sont incapables de rendre une justice juste et équitable, les acteurs politiques et sociaux tournés plus vers la satisfaction de leurs besoins sociaux que ceux du peuple, la corruption et l’impunité généralisées, la pauvreté et le chômage, la délinquance juvénile, la banalisation de la vie, les tentatives de balkanisation de notre pays, le tribalisme, le régionalisme et les conflits ethniques, la répartition injuste des richesses nationales et la consolidation de l’Etat de droit.

Pour relever ces défis, estime – t – il, l’engagement des professeurs est incontournable et les invite à  initier des actions de nature à relever ces défis ou à participer  activement à celles qui seront initiées par les citoyens ou les organisations de la société civile. Il a, par ailleurs, citer quelques professeurs d’université (les professeurs André MBATA, Norbert KAMPETENGA, Philippe KAGANDA, Arnold NYALUMA, Denis MUKWEGE, Thierry LANDU, KAMBAYI BWATSHIA, Jean-Louis ESAMBO et Paul René LOHATA) pour leur engagement dans la lutte du peuple Congolais.

Cette lettre, qui met à nue l’inactivité des professeurs des universités de la République Démocratique du Congo, n’a pas laissé la crème intellectuelle de Kisangani indifférente. Le Professeur Alphonse MAINDO, Professeur à l’Université de Kisangani,  est d’accord que les professeurs d’université, qui font partis de la crème du pays, ont un rôle important à jouer dans le devenir commun de la nation. Mais, il pense que  c’est à ceux qui gèrent la cité qu’incombe la première et la plus grande responsabilité du déclin du pays.  Selon lui, tous ont péché, mais à des degrés divers.  Il indexe, par la même occasion, le corps d’avocats dont fait parti Maître Jean Claude KATENDE et se pose la question de savoir qu’est ce que ce corps a fait dans le domaine de la justice dont on connaît les tares, surtout avec les dernières péripéties de validation – invalidation – revalidation – invalidation des élus.

« Pourquoi son ONG des droits humains n’a-t-elle pas défendu et exigé la vérité des urnes face à la plus grande forfaiture électorale du pays?  La défense des droits humains doit être faite en toute impartialité, sans tenir compte des affinités ethniques et tribales comme cela semble être le cas. La nomination des bons professeurs dont la plupart sont justement des griots du président négocié issu de la fameuse forfaiture électorale susmentionnée soulève des interrogations sur les objectifs de cette prétendue interpellation. Certains sont des agents des services spéciaux depuis Mobutu dont on connaît l’attachement aux valeurs démocratiques et aux droits humains. Comment ne peut-on citer les Professeurs KALELE, NDAYWEL, DJOLI, NGUTE, BOLAKONGA, le cardinal MONSENGWO, Mgr AMBONGO, Mgr EKOFO, etc. et tant d’autres qui se sont battus et se battent encore avec nous pour la transformation du système politique corbillard d’asservissement et d’exploitation ?  »

Le Professeur Alphonse MAINDO estime qu’il faut d’abord enlever la poutre qui est dans son œil avant de voir celle qui est dans l’œil du voisin.

«  Soyons rigoureux dans ce que nous faisons. Que Me KATENDE commence d’abord à faire  le ménage dans ASADHO en y organisant des élections crédibles.  Le temps n’est pas venu de distribuer d’excellentes notes  à ses frères et copains pour les  positionner dans la course aux postes dans les institutions publiques. C’est ignoble ».

Jean Claude FUNDI, journaliste et analyste politique, croit que ce constat est fondé. Pour lui, les professeurs ont démontré leurs limites face à la faillite de la nation congolaise. Cela se justifie, selon lui,  par la présence des professeurs dans toutes les instances de prise de décisions. Qu’ont-ils apportés ?, se demande ce chevalier de la plume.

« Il se remarque dans les chefs de ces savants, toute la légèreté reproché à la classe politique congolaise. D’abord, la qualité douteuse de certains parmi eux à être élever au rang des professeurs. Le clientélisme et le tribalisme sont devenus le mode par excellence applicables. Toutefois, il est important de souligner que tous les professeurs des universités congolaises ne sont pas à mettre dans un même panier. Il y a de ces professeurs dignes de ce nom qui font la fierté de ce pays, qui incarnent des valeurs et ont la probité morale. Ces professeurs ne sont malheureusement qu’à compter du bout de doigt. Lorsque l’ASADHO souligne que les différents pouvoirs politiques ont utilisé plusieurs professeurs afin d’asseoir leur pouvoir autoritaire, tout observateur averti ne peut nier cette thèse ».

Il est temps, selon Jean Claude FUNDI,  que les professeurs mettent de côté les intérêts privés et agir pour l’intérêt collectif. Sans toutefois épargner toute les couches intellectuelles de la RDC et celle des avocats dont fait partie Maître Jean Claude KATENDE, Jean Claude FUNDI prône pour une prise de conscience de tout un chacun.

Prosper LIBANDE ATIANGA est Chef des Travaux aux Facultés Universitaires de Bambelota (ex- Centre Universitaire de Yabaondo). Il pense que la lettre de Jean Claude KATENDE est une interpellation de la société savante du pays.  Il estime qu’il faut chercher les origines de ce dégoût affiché, de ce désintéressement et de cette crainte des professeurs face à  la lutte sociale que mènent les autres classes pour le bien être du peuple congolais. Il évoque plusieurs raisons qui poussent les professeurs à adopter cette attitude. Nombreux ne s’intéressent pas à la lutte sociale à cause de la politisation des universités et de leurs cadres formateurs, la situation de vie des professeurs, l’incapacité du Pouvoir de prendre réellement le corps enseignant en charge,  la prolifération des centres universitaires, des  facultés universitaires, des auditoires délocalisés  créés par les politiciens , chacun dans son terroir pour se faire élire, ou pour se faire remarquer, le monnayage des arrêtés et le trafic d’influence de certains politiciens qui misent sur les cadres ou professeurs d’universités et la politisation dans la nomination des membres du comité de gestion des toutes les universités du pays.

« Ainsi, la politique est restée l’unique endroit où chaque professeur tente la vie pour mieux se positionner et les indécis ou les perdants ne font que rabattre leur colère sur les pauvres étudiants à travers le monnayage sexuel,  des points, la pratique de syllabus de gré ou de force, le tribalisme, le régionalisme universitaire au sein des universités congolaises».

Il propose que les défenseurs des droits de l’Homme puissent mener des investigations pour dénicher la mauvaise pratique au lieu de se limiter seulement aux dénonciation, parfois sans fondement ni preuve ; pour s’attaquer au système politique du pays qui permet de favoriser cette pratique ignoble et dégradante ; pour décourager les opérateurs politiques qui s’attellent à cette pratique en les nommant ou en les publiant dans des rapports de monitoring des droits humains.

Réagissant à la déclaration du Professeur Alphonse MAINDO, Maître Jean Claude KATENDE estime qu’un tel raisonnement ne peut pas venir d’un professeur qui a suivi  le parcours normal.  Il se pose la question de savoir ce qu’il sait de l’ASADHO car n’ayant jamais lu ses statuts et règlement intérieur pour mettre cette  organisation en cause.  Il pense qu’un scientifique se réserve quand il doit parler d’une institution qu’il ne connait pas.

« En plus, les professeurs que j’ai cités, je ne sais même pas de quel coin du pays  ils sont. Cela m’importe peu. La question qu’on doit se poser est de savoir si les dits professeurs ont fait le travail pour lequel leurs noms sont cités ou pas. Ces professeurs sont déjà connus pour leur excellent travail. Certains sont professeurs dans des grandes universités du monde. Ils n’ont pas besoin de moi pour être connus ou pour être pris dans les institutions ».