Kisangani, Août 2026 — Une étude menée à l’Université de Kisangani a analysé les conditions de travail de la main-d’œuvre congolaise au sein de la société agro-industrielle Busira-Lomami, implantée à Imbolo, dans le territoire d’Isangi, entre 1910 et 1960.
Réalisée par Libande Atianga Prosper, dans le cadre de son mémoire de D.E.A./D.E.S. en sciences historiques, la recherche examine notamment les mécanismes de recrutement, l’organisation du travail et les relations entre l’entreprise, l’administration coloniale et les populations locales.
Une main-d’œuvre au cœur de l’économie coloniale
Au début du XXe siècle, l’administration belge encourageait le développement des sociétés agro-industrielles et des plantations destinées à produire des biens d’exportation. La main-d’œuvre locale devient alors indispensable au fonctionnement de cette économie coloniale.
À Imbolo, la société Busira-Lomami constitue ainsi un cas permettant d’observer concrètement l’application locale des politiques coloniales du travail.

Des mécanismes de recrutement marqués par la contrainte
L’un des principaux résultats de l’étude concerne les méthodes de mobilisation des travailleurs. Selon la recherche, l’administration indigène aurait notamment eu recours aux obligations de travail, à la pression fiscale et à l’implication des chefs locaux dans le recrutement de la main-d’œuvre.
L’auteur estime que ces mécanismes étaient largement liés aux impératifs économiques de l’entreprise et du système colonial.
Des conséquences sociales et économiques importantes
L’étude relève également des conditions de travail caractérisées par différentes formes de contraintes, une discipline stricte et l’exploitation économique de la main-d’œuvre africaine.
Ces pratiques auraient entraîné des transformations importantes au sein des communautés locales : modification des structures familiales, recul de certaines activités économiques traditionnelles, transformation des rapports socio-économiques et apparition de formes de résistance au système colonial.
Une contribution à l’histoire locale
L’originalité de cette recherche tient à son approche locale. Alors que plusieurs études ont porté de manière générale sur le travail colonial au Congo belge, celle-ci se concentre sur Busira-Lomami à Imbolo et sur le territoire d’Isangi entre 1910 et 1960.
La recherche reconnaît toutefois la rareté des archives spécifiquement consacrées à cette société et à cette région. Elle estime néanmoins contribuer à une meilleure connaissance de l’histoire économique et sociale de la RDC, tout en valorisant la mémoire des travailleurs africains.

Tirer les leçons du passé
L’auteur recommande la poursuite des recherches à partir des archives belges, missionnaires et des anciennes sociétés coloniales, ainsi que des témoignages familiaux encore disponibles.
Il invite également les entreprises contemporaines à tirer les leçons de cette histoire en privilégiant le respect des droits des travailleurs, le dialogue social, une rémunération équitable, la sécurité et les normes du travail.
À travers le cas de Busira-Lomami, cette étude apporte ainsi un éclairage sur les effets du système colonial sur la main-d’œuvre et les communautés du territoire d’Isangi.
Après délibération à huis clos du jury, l’auteur s’en est sorti avec la mention « distinction ».
La Rédaction
