Exclure le M23 du dialogue national ne signifie pas renoncer à la paix. C’est, au contraire, défendre un principe républicain : le pouvoir ne peut être obtenu par les armes ni récompensé par une reconnaissance politique.
La République démocratique du Congo a besoin de paix, de dialogue et de réconciliation. Après des années de conflits, particulièrement dans sa partie orientale, le pays doit rechercher une solution durable à la crise qui continue de fragiliser son tissu social et son unité nationale.
Mais rechercher la paix ne signifie pas nécessairement accorder à tous les acteurs le même statut politique.
C’est là toute la nuance du débat autour de la participation du M23 au dialogue national.
Parler avec un groupe armé pour mettre fin à une guerre est une chose. Le reconnaître comme une composante politique légitime de la Nation en est une autre.
Cette distinction ne doit pas être perdue de vue.
Car si un groupe armé peut prendre le contrôle d’une ville ou d’un territoire, y installer son administration, puis revendiquer, sur cette seule base, une place dans les institutions nationales, quel signal envoyons-nous aux générations futures ?
Que la violence peut devenir un raccourci vers le pouvoir ?
Que prendre les armes peut constituer un moyen de négocier une légitimité politique ?
Que l’occupation militaire peut, à terme, être transformée en récompense politique ?
La RDC ne peut se permettre d’institutionnaliser une telle logique.
Le dialogue national doit demeurer un cadre permettant aux Congolais de réfléchir à l’avenir de leur pays dans le respect de la Constitution, des institutions et de la souveraineté nationale.
Les questions liées au conflit armé, au cessez-le-feu, au désengagement, au désarmement et au rétablissement de l’autorité de l’État doivent être abordées dans les mécanismes de paix appropriés.
La paix, oui.
Le dialogue, oui.
La réconciliation, oui.
Mais la légitimation de la conquête militaire, non.
À ceux qui estiment que l’exclusion du M23 du dialogue national revient à fermer la porte à la paix, il convient de répondre qu’il est parfaitement possible de négocier la fin d’une guerre sans transformer ses acteurs armés en acteurs politiques légitimes.
Cette ligne de principe est d’autant plus importante que la RDC a déjà connu, au fil de son histoire récente, des cycles au cours desquels la rébellion a conduit à l’occupation, l’occupation à la négociation, puis la négociation à l’intégration politique ou militaire.
Et souvent, quelques années plus tard, une nouvelle rébellion surgit.
La RDC doit tirer les leçons de son histoire.
Si chaque conquête militaire devient une carte de négociation politique, le pays risque de perpétuer le cycle de la violence. Pire encore, il pourrait encourager, même involontairement, de nouvelles aventures armées.
Dans une République, le pouvoir doit provenir des urnes, du peuple et des institutions, et non des territoires conquis par les armes.
C’est pourquoi, sur ce principe précis, Tshisekedi a raison.
Il ne s’agit pas de défendre un homme, encore moins un régime. Il s’agit de défendre un principe républicain qui doit survivre à tous les présidents : aucune conquête militaire ne doit automatiquement produire une légitimité politique.
La paix véritable ne consiste donc pas uniquement à faire taire les armes.
Elle consiste aussi à empêcher que les armes deviennent un moyen durable d’accéder au pouvoir.
La Rédaction
