Avec les obsèques symboliques de Patrice Emery Lumumba, la RDC vit un grand moment de la nécessaire réécriture de son histoire. Ce plongeon mémoriel constitue un des ferments de la cohésion nationale. Couplées avec la commémoration de l’indépendance du pays, ces funérailles ont une résonnance particulière. Elles surviennent alors que les ennemis de l’intégrité territoriale du Congo ont su trouver des sous-traitants hyper zélés pour maintenir le pays dans ce que l’économiste progressiste égyptien Samir Amin appelait « indépendance nominale « .
Grand esprit et donc, par nature, en avance sur son époque, Lumumba lui-même a su formuler l’équation congolaise dans son livre-testament intitulé « Le Congo, terre d’avenir, est-il menacé ? « . Ce titre inspiré de la locution-phrase » poser la question, c’est y répondre » n’a pas pris la moindre ride six décennies après.
En témoigne l’énième épisode de la déstabilisation de la RDC par le Rwanda et l’Ouganda, vitrine des forces obscures qui pillent l’Est du Congo depuis un quart de siècle.
Dans ces conditions, le devoir de mémoire sera à très large spectre ou ne sera pas. Pour un pays complexe par sa sociologie, l’hymne mémoriel sonnerait comme une symphonie inachevée s’il se limitait au seul Patrice Emery Lumumba.
Pour permettre au Congo-Zaire de se réconcilier avec son passé, une réhabilitation symbolique de toutes les figures de proue qui ont structuré l’histoire du pays s’impose. Outre l’immortel Lumumba, Kabila-père et Etienne Tshisekedi, il est des personnalités dont la part d’ombre n’efface nullement des hauts faits qui ont permis au Congo de continuer à exister dans ses frontières héritées de la colonisation.
Parmi les plus en vue, le premier Président Kasa-Vubu dont le rôle dans le » Kimpwanza » n’est pas mineur ; le Premier ministre Tshombé qui a réduit les rébellions à l’état résiduel avant d’organiser des élections cleans ; le Maréchal Mobutu qui a eu le mérite de conserver l’unité nationale.
En ce moment où l’histoire bégaie -si tant qu’il ait vraiment cessé de le faire -, le mémoriel ne saurait être un remède qu’à deux conditions. D’une part qu’il soit inclusif. Et de l’autre, qu’il s’émancipe du folklore pour s’inscrire dans une dynamique de projection dans l’avenir.
Ça ne servirait à rien si après avoir décaissé tant de millions du Trésor public, la place » Echangeur » retrouvait son écosystème antérieur une fois les obsèques passées. Les funérailles de Lumumba ne devraient pas être juste une séquence à vite oublier au profit d’une autre. Elargies à d’autres » Grands hommes « , ces commémorations devraient servir de matrice au mythe fondateur de la Nation. La grandeur d’un pays repose sur sa capacité à puiser dans son histoire un ou des mythes fondateurs pour l’imaginaire collectif.
Abonnée aux querelles byzantines dictées davantage par la politique du tube digestif que par un dessein national, la classe dirigeante rd congolaise est-elle prête -pour paraphraser Lumumba- à écrire enfin sa propre histoire ? C’est la question existentielle qui se pose aux Congolais.
José NAWEJ
