Une « main noire » à Kwamouth ? Le Président de la république en est certain. Il l’a révélé dans une interview en marge de la 77ème session de l’Assemblée générale de l’ONU. Voilà que la gouverneure du Mai-Ndombe en remet une couche. « Nous sommes infiltrés. Il y a une main noire« , dénonce la cheffe de l’exécutif provincial.

Drôle d’Eureka synonyme de pied de nez à Archimède. Car, l’ennemi est démasqué sans être démasqué. L’instigateur des affrontements intercommunautaires qui endeuillent Kwamouth est identifié sans vraiment l’être. « Une main noire » étant, autant par nature que par définition, invisible.

Autant l’avouer tout de go. Cette double révélation pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. D’abord, trivialement on n’est pas très avancé dans l’élucidation du mystère Kwamouth et tous ses avatars qui meublent le temps des Kinois contraints au mieux à la débrouillardise, au pire à l’oisiveté. Ensuite, dénoncée par la plus haute autorité de l’Etat rd congolais et reprise par sa représentante dans la province martyre, l’existence d’une « main noire » en rajoute à la psychose et même à la sinistrose ambiante.

Si le Garant de la nation et de la sécurité collective n’est pas en capacité de mettre un visage sur l’agresseur, c’est qu’il y a véritablement péril en la demeure. Si le pilote ne sait pas identifier les causes de la zone de turbulences que l’avion traverse, la panique à bord est inévitable. Avec le risque de compter des victimes parmi les passagers fragiles ou souffrant des maladies chroniques.

Enfin, le propre d’une main noire est d’être partout à la fois. Ce don d’ubiquité qui garantit la supériorité « naturelle » à l’ennemi invisible. De quoi renforcer le « fétichisme idolâtre » à l’envers avec l’hydre rwandaise comme représentation subconsciente.

Que faire alors face à cette « main noire » que le Président et la gouverneure de Mai-Ndombe voient sans la voir ? Comment faire la guerre à un serpent de mer, à l’Arlésienne, façon Alphonse Daudet? Si Kwamouth n’était pas une tragédie de trop, on pouvait finir par croire que l’ennemi étant invisible, l’exercice consistait à se battre contre des moulins à vent.

Dénoncer, parler d’une main noire lorsqu’on détient l’impérium peut donc sonner comme un aveu d’échec. De leur Gouvernement, les Congolais attendent plutôt l’identification et l’éradication de cet ennemi dit « invisible » .

José NAWEJ