Après huit semaines d’intervention d’urgence, Médecins Sans Frontières (MSF) annonce une baisse de 90 % des cas de choléra dans la zone de santé de Ruzizi. Cette flambée, la plus grave enregistrée dans la région depuis cinq ans, a touché plus de 800 personnes dans un contexte marqué par l’insécurité, les déplacements massifs de population et l’accès limité à l’eau potable.
Une épidémie liée à l’eau insalubre et à l’insécurité
Depuis plusieurs mois, l’eau du robinet ne coule plus dans les foyers de Sangé. Les deux principaux points de captage sont devenus inaccessibles en raison de la présence de groupes armés et de dysfonctionnements techniques, notamment l’obstruction des systèmes de filtration par le sable et la terre. Privés d’eau potable, de nombreux habitants ont été contraints de consommer l’eau de la rivière ou des canaux d’irrigation, non traitée et impropre à la consommation.


« C’est une eau sale, mais nous n’avons pas d’autre solution », témoigne Busimé, dont la fille de trois ans a été admise pour choléra à l’hôpital général de Sangé après une sévère déshydratation.


Plus de 50 points de chloration installés
Pour contenir l’épidémie, MSF a renforcé le centre de traitement du choléra de l’hôpital général de Sangé ainsi que le centre de santé de Ndunda. L’organisation a également installé plus de 50 points de chloration d’eau dans la zone de santé de Ruzizi et travaille avec la communauté au nettoyage et à la remise en état des points de captage.


Selon l’équipe médicale, la priorité reste le rétablissement de l’accès libre et sécurisé aux sources d’eau potable, condition essentielle pour prévenir de nouvelles flambées.
Parallèlement, des activités de sensibilisation sont menées auprès des relais communautaires et des habitants afin de promouvoir les mesures d’hygiène, la détection précoce des symptômes et le lavage adéquat des bidons d’eau, souvent vecteurs de contamination.


Les déplacements de population, facteur aggravant
L’épidémie a été amplifiée par les déplacements constants de populations fuyant les affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), leurs alliés Wazalendo et le groupe armé AFC/M23. Ces mouvements forcent de nombreuses familles à vivre dans des conditions précaires, souvent sans accès à l’eau potable ni infrastructures sanitaires adéquates, favorisant ainsi la propagation du choléra.


Plusieurs patients pris en charge racontent avoir fui leur village avant de revenir à Sangé faute de moyens de subsistance ailleurs, illustrant le lien étroit entre insécurité, pauvreté et vulnérabilité sanitaire.


Une intervention poursuivie malgré les contraintes sécuritaires
Fin janvier, une explosion meurtrière survenue en ville a contraint l’équipe d’urgence de MSF à évacuer temporairement Sangé pour des raisons de sécurité. L’organisation a néanmoins poursuivi ses activités à distance jusqu’à mi-février.
Aujourd’hui, si l’épidémie est sous contrôle, la situation reste fragile. Dans cette zone endémique du choléra, les acteurs humanitaires alertent sur la nécessité de solutions durables en matière d’accès à l’eau potable et de stabilité sécuritaire pour éviter une nouvelle flambée

La Rédaction

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